
L’autre nuit, dans la rue, j’ai vu un vagabond planté devant un mur vide, absorbé dans la contemplation d’une chose que je ne pouvais voir. Et je me suis demandé si, en effet, ceux qui se trouvent exclus de notre société ne voient pas certaines choses qui nous sont invisibles.
Permettez que je dissèque ici quelques banalités.
Dans notre société, trouver son identité professionnelle est une étape marquante de la vie humaine : c’est un de ces moments, comme le mariage (officialisé administrativement ou non), où l’on est enfin censé « ne plus s’en faire » : l’individu stabilisé, ayant trouvé sa place dans la société, étant parvenu au bout de sa pénible quête de concepts solides, pourrait alors « se laisser vivre ».
Je vomis ce modèle de réussite.
Parce que je ne veux jamais arrêter de chercher la vérité. Chercher du sens me semble être la valeur suprême d’une existence humaine, et tout système qui prône la castration du désir de vérité sans avoir atteint à la paix universelle, sera toujours pour moi un mauvais système. Est-il raisonnable de croire que les apports d’un conjoint unique peuvent rivaliser avec tous ceux que je pourrais tirer d’unions avec tous, ou même avec quelques individus ? De la même façon, sur la base de quels arguments est-il possible d’affirmer qu’une activité dans laquelle je me spécialiserais ne priverait pas mon esprit des enseignements infinis de toutes les autres activités par moi inconnues ? Si l’on est de bonne foi, on admettra que ce sont là des questions auxquelles ni le mariage ni la spécialisation du travail n’ont apporté de réponse pleinement satisfaisante. La vérité est donc encore à chercher, or l’individu qui sacrifie tous les possibles sur l’autel de la stabilité, renonce à la vérité, parce qu’il s’autopersuade d’avoir acquis des certitudes (dans le mariage ou le travail notamment). Il est un individu malade, drogué à des concepts exclusifs asservissant tout désir d’alternative : on s’interdit de penser à quelqu’un d’autre en-dehors de son conjoint, et, à partir d’un certain âge, on s’interdit d’hésiter entre plusieurs voies professionnelles, de peur d’être mal vu par la société, et accessoirement, de mourir de faim. L’individu qui renonce à la vérité est un individu qui renonce à une intelligence plus grande, et donc aussi à l’évolution positive de son espèce, elle-même privée, dans ce cas, de la plénitude de ses ressources. J’affirme donc que l’individu qui se stabilise est un assassin de l’ordre, le vrai, cet ordre qui ne pourra être qu’une possibilité tant que nous ne l’aurons pas atteint et avéré, cet ordre que nos intelligences limitées ne peuvent, pour l’heure, concevoir.
Il est communément admis, du moins l’espéré-je ardemment, que tant que notre espèce sera rongée par ses conflits intérieurs, la paix n’existera pas. Partant de ce principe élémentaire, les modèles du mariage et du travail spécialisé me semblent sinon foncièrement mauvais, du moins terriblement insuffisants, car nous sommes loin de vivre en paix grâce à eux (le récent exemple des suicidés de Renault suffit à s’en rendre compte, tout comme les nombreuses souffrances constatées dans des unions a priori « stables » entre deux individus). L’idéal, avouons-le enfin, serait plutôt que chacun s’unisse avec chacun, et que chacun fasse tout ce qu’il y a à faire dans le monde, autrement dit, que chacun ait droit à une part également illimitée d’univers. Avant de déclarer cette fin absolument inatteignable, il conviendrait de se demander si elle est bien l’idéal adopté par l’humanité, or je doute fortement qu’elle le soit. Car l’homme n’est pas seulement poussé en avant, il y est également tiré, et ce sont ces deux forces (passé et futur, mal et bien, imperfection avérée et perfection hypothétique) qui déterminent le présent. Et que nous inspire ce présent aujourd’hui, sinon de la méfiance – plus ou moins assumée – en l’avenir ? S’il y a bien une vérité sur Terre qui mérite d’être affirmée comme la seule envisageable pour l’espèce humaine, c’est celle de la paix universelle ; c’est une indicible banalité, et pourtant le seul obstacle rencontré de tout temps par l’humanité fut, est et sera encore son incapacité à s’accorder à son sujet. Il ne faut donc renoncer à la recherche d’aucune vérité sinon celle-ci, car rien ne sera vrai tant qu’elle ne le sera pas.
Voici donc ma proposition à tout gouvernement : créer des postes de « fonctionnaires-chômeurs à temps plein », des chercheurs-philosophes qui exploreront ce tabou ancestral qu’est le refus du travail et de la participation à l’élan général de la société. Peut-être pourrons-nous tirer de ces recherches quelque vérité. Car au vu du chaos latent qui menace notre monde, je ne peux que croire en l’imperfection de nos sociétés modernes et en la nécessité de les juger avec un regard extérieur, ce à quoi seuls les individus extérieurs à elles peuvent prétendre. En effet, moins on est lié à un concept, plus on est critique à son égard, et plus grandes alors sont les chances de faire jaillir la vérité.
Nous nous trouvons actuellement à une période charnière de l’histoire humaine, où l’issue mortelle du duel entre bien et mal n’a jamais été aussi proche, la puissance dont nous disposons permettant l’annihilation de toute vie sur Terre (mes respects, monsieur Freud). Lequel de ces deux concepts triomphera ? A ceux qui ne croient pas à la victoire finale de l’humanité, ceux qui croient qu’elle est déjà condamnée, je demande ceci : pourquoi ourdir ainsi la mort future de l’espèce humaine depuis notre triste passé ? Assassins que nous sommes ! Car la fin détermine toujours les moyens, même si elle les condamne inévitablement à disparaître une fois atteinte, soit dans la souffrance, soit dans la jouissance ; soit dans la mort, soit dans la vie. Renoncer à l’idéal qui nous semble le plus beau, c’est renoncer à la vie. La vie n’est pas confort, du moins ne l’a-t-elle jamais été. La vie n’est jamais épargnée par le danger, et il y a tout lieu de croire qu’elle le sera encore longtemps avant de s’affirmer comme seul concept valable et d’avoir suffisamment combattu et compris la mort pour la réduire à l’état de paradoxe et la faire disparaître. Avant que ce jour de gloire soit arrivé, il importe selon moi de rester très méfiant à l’égard des vérités considérées comme indiscutables, car rien ne sera parfait tant que tout ne le sera pas.
Un modèle de culture (l’idéologie capitaliste) parachève sa lente et fructueuse entreprise de génocide culturel, uniformisant les consciences en masses, aliénant l’individu à un concept en lui fournissant de moins en moins de référents négatifs, de par l’absence d’autres modèles de sociétés où se reflèteraient les défauts du nôtre. N’est-il pas de notre devoir de valoriser cette différence, puisqu’elle est seule capable de faire naître un consensus non morbide, mais raisonnable, un consensus non fondé sur l’exploitation de tous par quelques-uns, mais sur l’exploitation de tous par tous, un consensus non fondé sur le concept de démocratie, mais sur celui d’omnicratie ? De la même façon qu’un individu absolument seul est condamné à la folie, à la mort et à l’inexistence, un système imparfait et cependant tout-puissant ne peut évoluer dans la solitude absolue sans se noyer dans ses propres paradoxes, que seule la différence pourrait lui révéler.
L’espèce humaine n’est pas encore entièrement rassemblée sous la bannière tyrannique du capitalisme, qui prône l’inégalité entre les hommes. Il est grand temps de trouver un ennemi valable à ce concept malsain, et à tous ceux qui lui préexistent et en découlent, car nous nous rendons compte chaque jour qu’il s’agit d’une source de souffrance et de mort, bien que nous ayons adopté, dans les faits, l’inégalité comme valeur suprême gouvernant notre destin. Je souhaite m’employer, dans la limite de mes modestes capacités, à cet effort de guerre que, bien que presque inexistant, je considère pourtant comme seul porteur d’une promesse de paix universelle. A ce titre, j’envisage de plus en plus de devenir clochard céleste.
En effet, l’individu qui suscite son propre échec est paradoxalement parfois celui qui a le plus de chances de trouver la vérité, plus en tout cas que celui qui s’attache à de fausses vérités. Car qui sait si un échec pour cette société imparfaite n’est pas une victoire pour une société parfaite ? Peut-être, en réduisant mon pouvoir d’achat, prouverai-je que le pouvoir d’achat n’est que le pouvoir d’acheter de la mort, la mienne et celle de mon espèce. Et peut-être alors concevrai-je des pouvoirs plus puissants encore, comme celui de ne m’attacher à rien ni à personne plus qu’à toute autre chose ou personne, et surtout pas aux « principales préoccupations des Français », membres d’une espèce encore sous-évoluée.
En attendant de convaincre nos dirigeants de valoriser pour la première fois le chômage comme activité saine et profitable à tous (si tant est que l’espèce humaine ne s’y spécialise pas), je ne saurais que trop conseiller à chacun le film Into the Wild du sexy Sean Penn, qui m’a, à l'aide du sublime minois d'Emile Hirsch, inspiré comme rarement œuvre l’avait fait jusqu’à maintenant. J’espère qu’on y trouvera un terrain émotionnel favorisant la compréhension de mes propos. Alexander Supertramp est plus que mon "Babe of the month", c'est un héros, un authentique martyr des temps modernes, dont la mort nous révèle le plus grand ennemi de l’humanité : l’absence de liberté. Cette liberté, préservons-la, et donnons-nous les moyens de la faire vivre jusqu’à la fin des temps, car elle est la vie, et sans elle il n’y a que mort.
Ainsi pourrons-nous sauver l’univers !
Permettez que je dissèque ici quelques banalités.
Dans notre société, trouver son identité professionnelle est une étape marquante de la vie humaine : c’est un de ces moments, comme le mariage (officialisé administrativement ou non), où l’on est enfin censé « ne plus s’en faire » : l’individu stabilisé, ayant trouvé sa place dans la société, étant parvenu au bout de sa pénible quête de concepts solides, pourrait alors « se laisser vivre ».
Je vomis ce modèle de réussite.
Parce que je ne veux jamais arrêter de chercher la vérité. Chercher du sens me semble être la valeur suprême d’une existence humaine, et tout système qui prône la castration du désir de vérité sans avoir atteint à la paix universelle, sera toujours pour moi un mauvais système. Est-il raisonnable de croire que les apports d’un conjoint unique peuvent rivaliser avec tous ceux que je pourrais tirer d’unions avec tous, ou même avec quelques individus ? De la même façon, sur la base de quels arguments est-il possible d’affirmer qu’une activité dans laquelle je me spécialiserais ne priverait pas mon esprit des enseignements infinis de toutes les autres activités par moi inconnues ? Si l’on est de bonne foi, on admettra que ce sont là des questions auxquelles ni le mariage ni la spécialisation du travail n’ont apporté de réponse pleinement satisfaisante. La vérité est donc encore à chercher, or l’individu qui sacrifie tous les possibles sur l’autel de la stabilité, renonce à la vérité, parce qu’il s’autopersuade d’avoir acquis des certitudes (dans le mariage ou le travail notamment). Il est un individu malade, drogué à des concepts exclusifs asservissant tout désir d’alternative : on s’interdit de penser à quelqu’un d’autre en-dehors de son conjoint, et, à partir d’un certain âge, on s’interdit d’hésiter entre plusieurs voies professionnelles, de peur d’être mal vu par la société, et accessoirement, de mourir de faim. L’individu qui renonce à la vérité est un individu qui renonce à une intelligence plus grande, et donc aussi à l’évolution positive de son espèce, elle-même privée, dans ce cas, de la plénitude de ses ressources. J’affirme donc que l’individu qui se stabilise est un assassin de l’ordre, le vrai, cet ordre qui ne pourra être qu’une possibilité tant que nous ne l’aurons pas atteint et avéré, cet ordre que nos intelligences limitées ne peuvent, pour l’heure, concevoir.
Il est communément admis, du moins l’espéré-je ardemment, que tant que notre espèce sera rongée par ses conflits intérieurs, la paix n’existera pas. Partant de ce principe élémentaire, les modèles du mariage et du travail spécialisé me semblent sinon foncièrement mauvais, du moins terriblement insuffisants, car nous sommes loin de vivre en paix grâce à eux (le récent exemple des suicidés de Renault suffit à s’en rendre compte, tout comme les nombreuses souffrances constatées dans des unions a priori « stables » entre deux individus). L’idéal, avouons-le enfin, serait plutôt que chacun s’unisse avec chacun, et que chacun fasse tout ce qu’il y a à faire dans le monde, autrement dit, que chacun ait droit à une part également illimitée d’univers. Avant de déclarer cette fin absolument inatteignable, il conviendrait de se demander si elle est bien l’idéal adopté par l’humanité, or je doute fortement qu’elle le soit. Car l’homme n’est pas seulement poussé en avant, il y est également tiré, et ce sont ces deux forces (passé et futur, mal et bien, imperfection avérée et perfection hypothétique) qui déterminent le présent. Et que nous inspire ce présent aujourd’hui, sinon de la méfiance – plus ou moins assumée – en l’avenir ? S’il y a bien une vérité sur Terre qui mérite d’être affirmée comme la seule envisageable pour l’espèce humaine, c’est celle de la paix universelle ; c’est une indicible banalité, et pourtant le seul obstacle rencontré de tout temps par l’humanité fut, est et sera encore son incapacité à s’accorder à son sujet. Il ne faut donc renoncer à la recherche d’aucune vérité sinon celle-ci, car rien ne sera vrai tant qu’elle ne le sera pas.
Voici donc ma proposition à tout gouvernement : créer des postes de « fonctionnaires-chômeurs à temps plein », des chercheurs-philosophes qui exploreront ce tabou ancestral qu’est le refus du travail et de la participation à l’élan général de la société. Peut-être pourrons-nous tirer de ces recherches quelque vérité. Car au vu du chaos latent qui menace notre monde, je ne peux que croire en l’imperfection de nos sociétés modernes et en la nécessité de les juger avec un regard extérieur, ce à quoi seuls les individus extérieurs à elles peuvent prétendre. En effet, moins on est lié à un concept, plus on est critique à son égard, et plus grandes alors sont les chances de faire jaillir la vérité.
Nous nous trouvons actuellement à une période charnière de l’histoire humaine, où l’issue mortelle du duel entre bien et mal n’a jamais été aussi proche, la puissance dont nous disposons permettant l’annihilation de toute vie sur Terre (mes respects, monsieur Freud). Lequel de ces deux concepts triomphera ? A ceux qui ne croient pas à la victoire finale de l’humanité, ceux qui croient qu’elle est déjà condamnée, je demande ceci : pourquoi ourdir ainsi la mort future de l’espèce humaine depuis notre triste passé ? Assassins que nous sommes ! Car la fin détermine toujours les moyens, même si elle les condamne inévitablement à disparaître une fois atteinte, soit dans la souffrance, soit dans la jouissance ; soit dans la mort, soit dans la vie. Renoncer à l’idéal qui nous semble le plus beau, c’est renoncer à la vie. La vie n’est pas confort, du moins ne l’a-t-elle jamais été. La vie n’est jamais épargnée par le danger, et il y a tout lieu de croire qu’elle le sera encore longtemps avant de s’affirmer comme seul concept valable et d’avoir suffisamment combattu et compris la mort pour la réduire à l’état de paradoxe et la faire disparaître. Avant que ce jour de gloire soit arrivé, il importe selon moi de rester très méfiant à l’égard des vérités considérées comme indiscutables, car rien ne sera parfait tant que tout ne le sera pas.
Un modèle de culture (l’idéologie capitaliste) parachève sa lente et fructueuse entreprise de génocide culturel, uniformisant les consciences en masses, aliénant l’individu à un concept en lui fournissant de moins en moins de référents négatifs, de par l’absence d’autres modèles de sociétés où se reflèteraient les défauts du nôtre. N’est-il pas de notre devoir de valoriser cette différence, puisqu’elle est seule capable de faire naître un consensus non morbide, mais raisonnable, un consensus non fondé sur l’exploitation de tous par quelques-uns, mais sur l’exploitation de tous par tous, un consensus non fondé sur le concept de démocratie, mais sur celui d’omnicratie ? De la même façon qu’un individu absolument seul est condamné à la folie, à la mort et à l’inexistence, un système imparfait et cependant tout-puissant ne peut évoluer dans la solitude absolue sans se noyer dans ses propres paradoxes, que seule la différence pourrait lui révéler.
L’espèce humaine n’est pas encore entièrement rassemblée sous la bannière tyrannique du capitalisme, qui prône l’inégalité entre les hommes. Il est grand temps de trouver un ennemi valable à ce concept malsain, et à tous ceux qui lui préexistent et en découlent, car nous nous rendons compte chaque jour qu’il s’agit d’une source de souffrance et de mort, bien que nous ayons adopté, dans les faits, l’inégalité comme valeur suprême gouvernant notre destin. Je souhaite m’employer, dans la limite de mes modestes capacités, à cet effort de guerre que, bien que presque inexistant, je considère pourtant comme seul porteur d’une promesse de paix universelle. A ce titre, j’envisage de plus en plus de devenir clochard céleste.
En effet, l’individu qui suscite son propre échec est paradoxalement parfois celui qui a le plus de chances de trouver la vérité, plus en tout cas que celui qui s’attache à de fausses vérités. Car qui sait si un échec pour cette société imparfaite n’est pas une victoire pour une société parfaite ? Peut-être, en réduisant mon pouvoir d’achat, prouverai-je que le pouvoir d’achat n’est que le pouvoir d’acheter de la mort, la mienne et celle de mon espèce. Et peut-être alors concevrai-je des pouvoirs plus puissants encore, comme celui de ne m’attacher à rien ni à personne plus qu’à toute autre chose ou personne, et surtout pas aux « principales préoccupations des Français », membres d’une espèce encore sous-évoluée.
En attendant de convaincre nos dirigeants de valoriser pour la première fois le chômage comme activité saine et profitable à tous (si tant est que l’espèce humaine ne s’y spécialise pas), je ne saurais que trop conseiller à chacun le film Into the Wild du sexy Sean Penn, qui m’a, à l'aide du sublime minois d'Emile Hirsch, inspiré comme rarement œuvre l’avait fait jusqu’à maintenant. J’espère qu’on y trouvera un terrain émotionnel favorisant la compréhension de mes propos. Alexander Supertramp est plus que mon "Babe of the month", c'est un héros, un authentique martyr des temps modernes, dont la mort nous révèle le plus grand ennemi de l’humanité : l’absence de liberté. Cette liberté, préservons-la, et donnons-nous les moyens de la faire vivre jusqu’à la fin des temps, car elle est la vie, et sans elle il n’y a que mort.
Ainsi pourrons-nous sauver l’univers !